Cameron Ibara CEO Cooper Agarwood

Interview avec Cameron Ibara, co-fondateur de «Agarwood Maroc Luxury Oud»

«Le marché du “Oud” global pourrait atteindre  65 billions de dollars d’ici 2029 »

Les produits à base de Oud ont la cote. Mais un fossé abyssal les sépare de cette matière première noble qui est très prisée dans les quatre coins du monde. Immersion dans ce secteur, dont les chiffres donnent le vertige. 

- Vous êtes ainsi que votre père à la tête de la société Agarwood Maroc Luxury Oud, spécialisée dans la récolte et la distribution de bois d’Agar, plus communément appelé au Maroc « Oud Qmari ». D’où est née l’idée de vous lancer dans ce secteur ? 

- Etant également fondateurs de Noa Group, nos collaborations au Vietnam nous ont permis d’obtenir des contacts privilégiés qui nous ont fait découvrir ce monde qui nous passionne tant aujourd’hui, et que nous souhaitons développer sur tout le Maroc. Aujourd’hui, notre objectif principal est d’offrir la meilleure qualité ainsi qu’un service personnalisé à nos clients qui n’ont pas la possibilité d’obtenir du vrai bois d’Agar, plus communément appelé au Maroc OUD QMARI, sur le territoire à prix accessible. Malheureusement, la grande majorité des commerçants ici et dans le monde vendent du bois parfumé qui est nocif pour la santé ainsi que du bois d’imitation et appellent cela du Oud.

- Que représente pour vous le Oud ? -

Tous les passionnés de Oud ainsi que nous-mêmes vous diront que c’est un produit qui apaise l’esprit, vous aide à réfléchir dans des moments de besoin et vous aide également à vous évader.

- Quels sont les bienfaits du Oud ? A quel point est-ce un remède ?

- Le bois de Oud a énormément de vertus. Il relaxe, apaise, aide à la méditation, aide contre les maux du ventre, contre certaines maladies cardio-vasculaires et contre les neuropathies, nausées et l’asthme.

- Quelles sont ses variétés et leurs provenances ?

- Il existe un grand nombre de variétés de Oud Qmari en Asie. Nous offrons la possibilité de tes-ter 25 variétés de Oud Qmari de l’Inde, Cambodge, Vietnam, Thaï-lande, Philippines, Birmanie, Laos et Brunei de différents grades et âges.

- Comment procédez-vous à la récolte du bois ?

- Nous avons tissé des liens privilégiés et collaborations directes avec le cercle très restreint des propriétaires terriens de culture de bois d’Agar de plu-sieurs pays d’Asie. Ces familles ont des terrains familiaux trans-mis de génération en génération et nous ont permis d’avoir accès à des produits qui sont très rares à trouver sur le marché. Certains produits ont plusieurs dizaines, voire plus de cent ans de maturation. Après vérification, nos collaborateurs s’occupent de couper, polir le Oud afin de laisser uniquement ceux contenant la résine naturelle ainsi que la distillation de nos huiles 100% pur Oud. 

- La récolte du bois de Oud provenant de quelques variétés d’arbres tropicaux, qui poussent principalement en Asie, se fait en famille ou avec l’entourage proche de la famille. Comment expliquez-vous cela ?

- Pour la raison que ce sont des produits nobles à haute valeur, il est rare que ces familles laissent des personnes externes faire le travail. Ce sont des étapes minutieuses faites à la main avec des outils et qui consistent d’abord à enlever la partie du bois de Oud ne contenant pas de résine naturelle. Il est vendu sous sa forme brute ou en huile pure après plusieurs étapes de distillation avec de la pression, du feu de bois et unique-ment de l’eau fraîche. Ensuite, plu-sieurs étapes de filtration font que nous arrivons au produit final, l’huile 100% pur Oud sans aucun produit annexe ajouté.

- Est-ce que la hausse des prix de ce bois s’explique par sa rareté dans la nature ?

- Les tarifications et grades attribués sont faits selon l’âge, la rareté et la constance en résine naturelle dans le Oud. Pour bénéficier des meilleures tarifications, il est préférable d’acheter chez un commerçant qui travaille en contact direct avec les cultivateurs de Oud Qmari, sans intermédiaires.

- Comment pallier la surexploitation de cette espèce botanique ? La production locale de cette espèce botanique est-elle possible ?

- Le Oud Qmari est trouvable dans les forêts d’Asie. Les locaux ont surexploité ce produit à cause de la forte demande mondiale, ce qui fait qu’aujourd’hui, hormis certaines familles de propriétaires disposant d’énormes terrains de culture de bois d’Agar, il est extrêmement difficile d’en trouver en forêt. Il est important de noter aussi que nos fournisseurs/producteurs ne font pas de déforestation ou activité nuisible à la production éthique et responsable.

- Très utilisé au Moyen Orient, ce bois est fortement présent dans la tradition marocaine, notamment dans des occasions festives. Il est également de plus en plus convoité par les grands parfumeurs. A quels problèmes font-ils face dans leurs créations à base de Oud ?

- Le Oud Qmari, hormis dans le bien-être et la parfumerie, est également cité dans des livres sacrés. On en parle dans des écrits bibliques, dans l’indouisme ainsi que dans le Coran et autres religions depuis la nuit des temps. Il est noté que c’est un bois descendu par Adam du Paradis. Il est donc très présent chez eux ainsi que chez nous les musulmans. C’est pour cela que nous mettons du Oud le vendredi, lors de cérémonies personnelles ou religieuses ainsi qu’en recevant des proches à la maison en signe d’hospitalité. Etant spécialisé uniquement dans des produits 100% pur Oud, je ne peux répondre à cette question. Par contre, ce que je peux dire, c’est que deux mondes séparent les parfums synthétiques à base de Oud et les huiles 100% pur Oud. Beaucoup de nos clients, qui sont habitués à des parfums de marque à base de Oud, découvrent chez nous pour la première fois les senteurs fortes des huiles de Oud. Et très souvent, quand ont prend l’habitude des parfums 100% pur Oud, il est difficile de revenir aux parfums synthétiques/alcoolisés.

- La demande mondiale en bois d’Agar est-elle en hausse ? Quid du marché des parfums à base de Oud ?

- Le bois d’Agar ou Oud Qmari est en hausse depuis la nuit des temps. Le marché du Oud global est estimé à 32 billions de dollars et certains pensent qu’il pourrait arriver à 65 billions de dollars d’ici 2029.

Recueillis par Safaa KSAANI

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